Évariste – Télérama – Christine Ferniot

galois

Dans la tête du génie des maths Évariste Galois, l’auteur prend toutes les libertés. Et il fait bien.

En préambule, François-Henri Désérable prend de la hauteur, commençant son histoire avec Dieu, « le Vieux » qui claque des doigts pour créer le monde et l’homme. Et, puisqu’il en sera vivement question, son pouce divin se tend vers un individu en particulier : Évariste Galois, mathématicien de génie qui mourut en duel à l’âge de 20 ans, en 1832. Une existence vite expédiée, souvent étudiée. « On a dit à tort qu’il fut victime d’un complot ; à raison qu’il fut aux mathématiques ce qu’à la poésie fut Arthur Rimbaud : un Rimbaud qui n’aurait pas eu le temps de nous envoyer la Saison à la gueule… » : voilà ce que nous assène tout de go le narrateur, qui aime nous vouvoyer et nous appeler mademoiselle, alors que nous n’avons pas été présentés.

Rien de conventionnel, dans ce roman biographique qui tantôt se glisse dans la tête du personnage, tantôt prend ses distances, en citant Delacroix ou en accompagnant un temps les silhouettes de Robespierre et de Gérard de Nerval. Car ce cher Evariste voit défiler l’Histoire et ses figures, de Bourg-la-Reine, où il naquit en 1811, jusqu’à Paris, où il mourut un 31 mai au petit jour. Evariste vit au cœur des Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830. Il entend le tohu-bohu des canons et des fusils, regarde s’édifier les barricades derrière les murs de l’Ecole polytechnique. En même temps, il écrit son mémoire sur « les conditions de résolubilité des équations par radicaux », qui deviendra son testament mathématique. Ensuite, cherchez la femme… nous murmure François-Henri Désérable, en nous menant par la main jusqu’à l’ultime clairière, au bord de l’étang.

Incroyable livre que celui-ci, qui restitue un monde digne d’Alexandre Dumas et suggère une histoire peu académique en se donnant des airs blagueurs. Ce premier roman de François-Henri Désérable, qui fut précédé d’un recueil de nouvelles ancrées durant la Révolution de 1789 (Tu montreras ma tête au peuple, éd. Gallimard, 2013, et en poche chez Folio), est enchanteur, drôle et frénétique. L’auteur a 27 ans, il est joueur de hockey sur glace professionnel, excentrique et cultivé, et manifeste, semble-t-il, une inclination pour les révolutionnaires — dès 2012, il figura parmi les lauréats du Prix du jeune écrivain de langue française, grâce à une nouvelle intitulée Clic ! Clac ! Boum !, donnant la parole à Danton s’apprêtant à passer entre les mains du bourreau Sanson.

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