« La littérature transcende tout par le style »

Entretien réalisé par Guilherme Ringuenet pour Ouest-France.

Votre dernier roman Évariste, relate la vie d’Évariste Galois, Rimbaud des mathématiques qui mourut très jeune. Comment avez-vous découvert son histoire et qu’est-ce qui vous a poussé à écrire sur lui ?

J’avais quatorze ou quinze ans quand j’ai lu pour la première fois le nom d’Évariste Galois, dans un livre qui retraçait la quête pour la résolution du dernier théorème de Fermat. Il a aussitôt été comme le grand frère que j’aurais aimé avoir, et puis les années passant il est devenu le petit frère que je n’ai jamais eu. Trois raisons m’ont poussé à écrire sur lui : sa vie éminemment romanesque, sa biographie pleine de trous qu’il fallait essayer de combler, l’injustice de la postérité à son égard : il est très connu du milieu scientifique, mais très peu du grand public. Il m’importait de le sortir de la fosse commune dans laquelle on a jeté son corps de vingt ans, en 1832.

Dans votre premier roman, Tu montreras ma tête au peuple, vous racontiez les derniers instants des grandes figures de la Révolution. Là, vous évoquez un scientifique du XIXe siècle. L’Histoire est-elle, paradoxalement, un espace qui permet d’être artistiquement plus libre que la fiction ?

Il faut croire que je n’ai pas d’imagination, ou plutôt qu’elle ne peut se déployer qu’en s’adossant à des faits réels. Je ne crois pas que l’écrivain soit bridé dans l’Histoire : Alexandre Dumas disait qu’il est permis de la violer, à condition de lui faire de beaux enfants. Je ne vais pas filer la métaphore, mais l’Histoire est docile et lascive, elle n’est pas mécontente quand on vient se glisser dans son lit.

Dans votre écriture, quelle place accordez-vous au style ?

Primordiale. Dans une lettre à Louise Colet, Flaubert disait rêver de faire « un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style ». Mes livres ne se tiennent pas d’eux-mêmes, hélas, par la force interne de leur style, bien que l’ambition initiale, quand je commence à les écrire, soit celle-ci. La littérature peut tout transcender par le style.

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui souhaite écrire un roman ?

Lire beaucoup, pas seulement des classiques, mais aussi de la littérature contemporaine. Pour le reste, Flaubert – dont décidément il faut lire la correspondance – disait aussi que « tout le talent d’écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots. »

Vous avez joué au hockey sur glace à haut niveau. Quel point commun observez-vous entre le sport et la littérature ?

On m’a souvent posé la question. J’ai eu beau chercher une réponse, je n’ai trouvé que celle-ci : aucun. Mais la pratique du hockey sur glace à haut niveau m’a permis, chaque jour et pendant des années, de frapper des gens impunément, sans avoir à en répondre devant la justice. Je ne peux pas faire la même chose avec des écrivains.

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